Terres d'Amélie

Ecrits du quotidien

11 novembre 2009

Onze novembre

Un peu partout en France, on commémore le onze novembre. Je me souviens de nez qui coulent au pied du monument aux morts, des mains gantées qu'on frotte l'une contre l'autre pour essayer de les réchauffer, de l'écharpe de laine dont on essaie vainement de se protéger les oreilles, du vent glacial et sinistre qui balaie toute la scène...
C'est le onze novembre. Nous allons au marché, à pied - Quatre, peut-être cinq (qui sait,six?) kilomètres aller-retour - et longeons le bord de mer. Chemisettes et tee-shirts,  rollers, cyclistes, tricycles, tout le monde est de sortie, et les baigneurs sont encore nombreux.
Ce n'est pas désagréable.
C'est juste... curieux.

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10 novembre 2009

Une douceur

J'ai reçu vos messages, je les ai lus, les ai relus, et sans doute les relirai-je encore souvent, juste pour le plaisir de me sentir à nouveau, comme ce soir, enveloppée d'une douceur...

Une douceur...

Une douceur qui , à cet instant, a cet air-là pour moi et que je vous envoie, bulle de savon légère et fragile sur laquelle je souffle en espérant qu'elle sache vous trouver, où que vous soyez.







I know it's not much
But it's the best I can do
My gift is my song
And this one is for you
And you can tell everybody
This is your song
It may be quite simple
But now that it's done
I hope you don't mind
That I put down in words
How wonderful life is
While you're in the world

Elton John, Your song

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La question

Vendredi 6 novembre

Il y a des questions qui sont posées pour faire mouche : depuis qu’elles nous ont pris pour cible, elles ne nous lâchent plus. Et bien sûr, elles nous touchent. Sinon, ce serait trop simple.

Quand une question m’atteint, c’est comme si je ramassais un joli galet sur la plage : je la glisse au fond d'une de mes poches, et du bout des doigts, je la fais rouler contre la paume de ma main. Je l'agite, je la pétris, je la retourne dans tous les sens et j'essaie de lui donner la forme qui me conviendrait, mais le plus souvent, elle résiste. Elle reste là, pesante et solide comme un caillou au fond de ma poche.

J'en ai des tas. De jolis cailloux que je glane et qui finissent par m'alourdir. Personne ne s’en apercevra.

Pourtant, moi, je sais qu’elles sont là, les questions qui m’ont prise pour cible.

***

Celle-ci est comme les autres.

Elle tournicote et tourneboule.

C’est son rôle. Qu'ai-je à gagner à réussir?

Dans mon esprit, elle prend presque toute la place. Le reste, je le fais machinalement.

Et si je n'y réponds pas, c'est que ce n'est pas tant elle qui me fait peur que son inévitable double, sa face B, son négatif. Qu'ai-je à perdre si je ne réussis pas? Car dans ce cas,  la réponse est simple. Rien.

Rien. A part moi.

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Samedi 7 novembre

Mais le temps et la réflexion me forcent à noter que:

- Je ne peux pas échouer puisque je ne suis pas en quête de succès ( Je suis en quête de développement, c'est très différent, et je teste surtout ma capacité à réaliser ce que personne ne m'a imposé  / à le faire bien, ou du moins du mieux que je peux  / à le faire jusqu'au bout). Je ne peux donc que réussir.

- J'en reviens alors à la question initiale. La réponse est : Moi. En positif. Mais y a-t-il là une autre question sur laquelle je devrai/s rebondir?

Mardi 10 novembre

Mais rien n'est jamais si simple qu'il y paraît et même quand on les croit réglées, ces fichues questions finissent toujours par ressurgir. Elles ont été posées par d'autres, pour d'autres, et c'est à vous qu'elles se collent, parce que c'est en vous qu'elles trouvent la moelle qui les fait vivre. Hier, j'étais dévorée par la question, incapable d'y voir clair, incapable de la dépasser. C'était un jour de questionnement. Aujourd'hui, j'ai reçu tous vos messages, qui ne sont pas des réponses mais qui sont des soutiens. Je vous en remercie sincèrement. A tous, je répondrai. (Mais d'ores et déjà, comme je l'ai déjà écrit plus bas, sachez que c'est sur le papier que vous me retrouverez .)  


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09 novembre 2009

Au secours!

Avez-vous comme moi de ces journées où tout ce que vous tentez d'entreprendre vous semble nul et vain, où vous commencez, recommencez, et recommencez encore, pour vous apercevoir au final que quel que soit l'angle d'attaque, tout ce que vous produisez aujourd'hui est mauvais, ou mieux, juste bon à finir à la corbeille?... ce qui est d'autant plus énervant ( non, angoissant) que c'est justement aujourd'hui le jour où vous avez plein de temps pour le faire, ce travail, parce que demain, vous avez quarante-huit rendez-vous, et mercredi je n'en parle même pas, alors après, faudra attendre jeudi, et d'ici là, vous aurez plein d'idées mais pas de temps, et aujourd'hui, plein de temps...mais pas d'idées... Au secours!

Ceux qui me connaissent un peu auront compris que je suis en panne d'écriture, en rade au bord du chemin, et j'ai beau espérer de l'aide, lever le pouce, faire de grands gestes et tout et tout, personne. Pas la moindre petite étincelle en moi, rien, et même pas un petit mot d'encouragement à me mettre sous la dent, un Vas-y tiens bon qui m'aurait fait du bien, un Je ne te lâche pas inattendu qui m'aurait regonflée et remise sur les rails... Rien de rien.

Il n'y a que moi face à moi-même, en train de me dire qu'écrivain, c'est une mauvaise option, que j'aurais mieux fait de choisir dentiste ou esthéticienne, des métiers où tu arraches la dent (ou le poil) de l'autre, mais pas les tiens... Car franchement, écrire, quelle idée... Aller s'essorer la cervelle, le cœur et l'estomac pour essayer d'en faire sortir un truc gros comme une cacahuète, qui passera assurément inaperçu aux yeux de tous et qui pourtant, vous aura donné un mal de chien... ça fait réfléchir …

Sans vouloir jouer les défaitistes, je me demande ce que je vais devenir, et je me dis (...*) que dans le pire des cas, je peux toujours envisager ... le métier de secrétaire, j'écris sans fautes d'orthographe ( enfin, je crois ! et si ce n'est pas le cas, par pitié, attendez demain pour venir me détromper, aujourd’hui ce n’est pas le jour ... ) (Bon, je ne tiens pas à me faire plein d'ennemies dans le clan des secrétaires qui vont dire que j'ai un point de vue réducteur et un peu méprisant de leur métier, ce n'était pas mon intention, alors je précise que j'étais juste en train de faire mon bilan de compétences).Mais bon...

Que sais-je faire d'autre? Un chouïa de cuisine, mais pas assez pour ouvrir un restaurant. A part ça... Ah si, je sais lire la poésie à peu près correctement - je place parfaitement les "e" muets, si si, promis...- Ça intéresse quelqu'un? Tiens, c'est curieux, j'entends pas grand monde, là...

Mais si j'ajoute que j'ai un peu lu, alors là, qu'est-ce que vous me dites, hein? Hein, qu’est-ce que vous me dites ?! Ben que je pourrais peut-être faire ... prof, évidemment... La bonne blague...

Alors, forcément, quand j’en arrive à ce point de mon raisonnement, j’ai comme un souffle de panique qui vient me secouer le dégradé ( je parle de mes cheveux, était-ce clair ?) et je me mets à me rassurer en me disant des trucs comme : « Allons, allons, on n’arrive à rien sans peine », ou ( 2ème truc), «Enfin, voyons, il faut savoir lâcher prise » ( C’est curieux, là, j’en entends trois qui se marrent…), ou encore (3ème truc) « Allez, c’est pas le jour, mais puisque tu as du temps, profites-en donc pour faire ce que tu n’as jamais le temps de faire, tiens par exemple réserver un appartement pour les vacances de février ». Et là, je passe une heure et demie sur le net pour m’apercevoir que 1) c’est trop loin des pistes, 2) c’est trop loin de chez nous, 3) c’est trop loin de la station, 4) c’est trop loin de l’ESF, 5) c’est trop petit, 6) c’est trop cher 7) c’est trop snob, 8) c’est trop naze…

Alors voilà, c’est vraiment pas mon genre de céder à l’adversité, et puis bien sûr, je peux encore aller faire les magasins, ça c’est dans mes cordes…, mais quelque chose me dit qu’aujourd’hui, yaura rien à ma taille et que les bottes qui me plaisent, ben yen a plus en 39…

Je vais donc rester toute seule, à l’arrêt au fond de la pampa, à faire des appels du pouce et à attendre le premier qui viendra me secourir… Quelqu’un m’entend, dans ce désert ? Hou, hou…Hou, hou…

***

A votre bon cœur, Messieurs Dames, j’ai besoin d’un peu d’essence, d’une petite tape dans le dos ou  d’un coup de manivelle pour pouvoir repartir, j’suis en panne sèche et j’avance plus.
J’ai peur de ne pas y arriver.

***


PS : *J'ai tronqué ce billet pour en laisser une version un peu moins...déprimée. Disons que c'est un jour bof, que demain, ce sera mieux...


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08 novembre 2009

Les clémentines

Je rentre du marché et le sac pèse à mon bras. Manger cinq fruits et légumes par jour, c’est bien plus lourd qu’un paquet de chips ou de spaghetti. A l’intérieur du sac se mêlent les saveurs que nous aimons, et pour la première fois cette année, j’ai trouvé de vraies et succulentes clémentines corses ( Je sais qu’elles sont bonnes parce que je les ai goûtées à l’étalage, alors même que le marchand râlait à haute voix à cause des - excusez-moi, mais là, je cite - « deux gonzesses qui lui bouffent toute sa corbeille ». Dieu merci, je n’en fais pas partie, ce sont deux adolescentes pas très bien élevées qui, à ses dires, profitent de ce que leur mère soit à la terrasse du café d’à-côté pour se servir directement à l'étal du primeur. Et c’est vrai : pendant que je fais mes provisions, que je tends le tout pour la pesée, je l’ai bien remarqué, par deux fois décortiquer ses clémentines et garnir la corbeille ; pourtant, au moment où je paie, il maugrée parce que c’est encore vide. Résigné, il épluche à nouveau une pleine portion de fruits qu’il détaille pour ses clients. L’un d’eux, pour le faire bisquer, attrape la corbeille et, bras tendu, s’adresse à moi : « Vous voulez goûter ? » Prudente, j’interroge le marchand avant de tendre la main : j’ai déjà payé ; puis-je encore goûter ? Il ne prend pas la peine de me répondre, mais à son air, je crois comprendre que je peux. Et là, plus de doute : elles sont succulentes) .


Sur le chemin du retour, j’en chipe une au fond du sac.


La clémentine, c’est d’abord un fruit qui se savoure debout. Un fruit qui aime la marche et le grand air. Mais c’est surtout un condensé de saveurs, un camaïeu qui se décline du suave à l’acide, relevé d’un bouquet d’odeurs qui s’exhale à l’instant où le bout de l’ongle décachette l’enveloppe du fruit, pour s’exprimer ensuite sur la peau tout entière de la main qui a tenu l’agrume.


C'est ainsi. Certains ont leur madeleine ; moi, j'ai les clémentines.



***

J’ouvre la clémentine.

***


J’ai quatre ans et depuis peu, j’habite du côté de Marseille, mais pour le moment, je suis dans le Jura, en vacances chez ma tante. Ma tante, c’est la sœur aînée de ma grand-mère. C’est une vieille fille au caractère pas très commode mais elle m’aime bien. Elle prépare divinement le soufflé au chocolat. De cette tante, aujourd’hui disparue, je garde le souvenir de bocaux de confitures à la cerise qu’elle remisait dans un profond placard, du bol de chocolat qu’il fallait vider si l’on voulait que l’image apparaisse, d’une revue religieuse pour enfants dont j’ai oublié le nom mais qu’elle me rapportait assidûment de ses promenades, de ses affreux teckels qui la précédaient en pissant partout, et des clémentines que l’on épluche et dont on dépose la peau sur le manteau de la cheminée pour que, de leur parfum fruité, elles embaument toute la maison.

*

J’ai six ans et j’habite un village perdu dans le Cher. Cette année-là, comme celles qui suivront, je suis nouvelle dans la classe. Un cousin de mon père qui vit à Montréal est venu passer plusieurs semaines à la maison. Je m’attache à lui. Quand je rentre de l’école, il me rejoint dans ma chambre et allongés par terre, sur la moquette, nous grignotons ensemble. Des cochonneries. Le Nutella se mange alors dans une petite coupelle de plastique ; la cuiller est fournie, mais nous, nous utilisons nos doigts. Dans le Nutella, nous trempons des quartiers de clémentines. Au cours de son séjour, il m’apprend à lire l’heure : je lui en reste reconnaissante. Le maître a dû l’être aussi, lui qui s’évertuait à faire entrer deux bribes de logique dans ma cervelle rêveuse. Mais Frédéric était bien plus fort que le maître. Je ne l’ai jamais revu. Pour moi, il a toujours une vingtaine d’années, des cheveux trop longs et un accent bizarre.


*

J’ai huit ans et j’habite le nord de la France. Le mercredi matin, tous les enfants du village vont au catéchisme, au cathé comme on dit. Je ne suis pas baptisée mais à force de réclamer, j’obtiens de mes parents qu’ils fassent le chemin jusqu’à Monsieur le Curé. La famille entière vient assister à ce baptême inhabituellement tardif. Après le café, on mange des clémentines. Elles ont, à cette époque encore, la saveur douce et légèrement acidulée dont se parent les moments heureux.

*


J’ai treize ans, et je vis quelque part dans un coin de banlieue parisienne. J’accompagne mon père en Bretagne pour les vacances, mais ce n’est plus comme avant. Dans la voiture qui roule vers le Val-André, nous nous parlons à peine. Pas de clémentines cette année-là, ni les suivantes.


*

J’ai dix-sept ans, le bac en poche, et j’entre à l’université. Quelque chose commence qui ressemble à la vie. Je travaille bénévolement pour une association et j’y retrouve des amis. Le soir, nous restons tard à bavarder sur un coin de trottoir et nous dînons de ce que nous avons à portée de main. L’hiver, j’apporte souvent des clémentines. J’ai des heures de conversations nocturnes qui sentent la clémentine.

*


J'ai dix-neuf ans, c’est décembre et je suis en plein cœur de Paris. Il est un peu plus de dix-huit heures, il fait déjà nuit noire et je sors de la fac. Il fait froid mais j’ignore la bouche du métro. Cet hiver-là, je porte une écharpe rouge et des gants assortis. Les vitrines sont toutes allumées. Je coupe par la rue des Arènes, je traverse la rue Monge avant de redescendre toute la rue Mouffetard. C’est soir de marché. La nuit qui flotte sur la ville me donne des notions d’infini. Les clémentines sont pour moi seules. J’ai les doigts glacés et poisseux du sirop des fruits. Et je suis amoureuse.

*

J’ai vingt-neuf ans, j’habite Pontoise, et du bout des dents et de l’ongle, j’ôte la fine membrane qui protège la pulpe avant de déposer le quartier du fruit, ainsi pelé à vif, dans la bouche ouverte de mon second bébé, ma fille, qui en raffole et qui bat des mains en me regardant.

*

J’ai…

*

J’ai quarante ans, il fait un temps de Côte d’Azur et je rentre du marché. Dans la rue, je mange une clémentine en repensant à ces deux gamines qui chipaient des fruits chez le marchand. J’avale le dernier quartier et négligemment, je jette les épluchures à la poubelle. A cet instant, on m’appelle, et je n’ai pas besoin de me retourner pour savoir qu’ils sont tous derrière moi.

J’avance.

Je vais mon chemin.


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06 novembre 2009

Cadeau pour le week-end

Pour t'avoir montré la surface
Je t'ai caché tout l'océan
                       Gilles Vigneault



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Ce qui a changé / 3

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Vers Dahouët

***

J'ai toujours passé du temps à mon bureau. Petite, j'écrivais des épisodes de Fantômette que je réassaisonnais à ma sauce, ce qui donnait évidemment des choses comme Fantômette au Val-André, Fantômette et le mystère du port de Dahouët ou encore Fantômette sur la lande bretonne. Plus grande, j'ai écrit des carnets et encore plus grande, je me suis essayée à la poésie avant d'écrire les deux tiers d'un truc que j'ai finalement jugé trop nul et que j'ai balancé en me disant que si je décidais de ne plus y penser, alors ce serait facile de l'oublier.
A côté de ces activités d'écriture, il y a eu dans ma vie l'école, où petite, moyenne et même grande j'ai passé pas mal de temps et usé nombre de stylos. Ce qui m'amène au fait.

Le jour où j'ai décidé de ranger mon stylo bleu pour mener une vie, disons plus conventionnelle ou tout au moins plus conforme à ce qu'on semblait attendre de moi, j'ai pris un stylo rouge, qui dix-sept ans m'a rendu malheureuse ( je ne compte pas les deux premières années où j'avais encore le cœur valeureux).
Je n'ai jamais compris ce qui se passait entre moi et ce qu'on appelle les "copies" mais ça s'est mis en place très rapidement et ça m'a consumée.  Ça m'a rongée de l'intérieur. Je crois vain de tenter d'expliquer à qui n'a jamais corrigé 100 à 150 copies par semaine le sentiment d'abrutissement d'abord, d'anéantissement ensuite, qui s'en dégage. Les copies, pour moi, c'était le rouleau compresseur. C'était une vraie souffrance à laquelle je n'ai jamais trouvé de remède. Pennac a parlé, je crois, de la solitude du correcteur de fond. J'imagine que j'aurais pu m'en accommoder, s'il ne s'était agi que de solitude, mais c'était plus que ça, c'était une peine qu'on m'infligeait physiquement - me forcer à avaler ça. Tous les jours.
Ça m'a conduite chez le médecin d'abord, chez le psychiatre ensuite, chacun distribuant son arsenal d'antidépresseurs et ses bons mots. Sans autre effet que de me laisser inerte. Jusqu'au jour où ce vieux toubib qui prescrit invariablement du paracétamol et des pastilles pour la gorge, à qui je tentais d'expliquer que le travail de Sisyphe, c'était moi qui l'accomplissais, et que j'étais condamnée à je ne sais quelle peine incompressible, en essorant vigoureusement mon mouchoir sous son œil atterré, m'a confié  : "Mais pourquoi voulez-vous absolument que vous convienne un métier qui manifestement, n'est pas taillé pour vous ?! Changez de métier ! "

Ça m'a pris plusieurs années, mais j'ai fini par l'écouter.
Et doucement, je vais mieux.
Je vis un peu recluse*, un peu coupée du monde, mais doucement, je vais mieux.
Je ne corrige plus de copies, ni chez moi,  ni dans la salle des profs, ni chez le coiffeur, ni dans les salles d'attente de tous les médecins, ni dans les halls de gare ou les salles d'embarquement, ni dans la chambre du fond de la maison du Jura. Ni nulle part. Plus jamais. J'ai jeté tout ce qui me restait de stylos rouges.

Et j'ai repris ma place à mon bureau.
Où je ne passe pas moins de temps qu'avant, c'est certain, mais c'est un temps qui coule différemment, dans lequel je me construis au lieu de me défaire.
Voilà ce qui a changé.

***

(*un peu comme dans cette chanson d'Amélie-les-Crayons que j'aime tant Chamelet - et que j'aurais bien aimé vous faire écouter mais malheureusement, elle n'est pas sur Deezer, et si c'est pas sur Deezer, alors là, c'est trop compliqué pour moi ! - Mais non, en fait, c'est mieux comme ça : achetez son disque, La Porte Plume, et puis le précédent aussi ...  parce qu'il faut bien soutenir les jeunes artistes talentueux, non?!)

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05 novembre 2009

Entre deux lignes

Après dix jours de vacances sans avoir écrit une ligne sur mon ordinateur, et pas grand-chose ici non plus, il faut être honnête... après dix jours donc à faire la fainéante, la paresseuse, la cossarde, la flemmarde, la lambine, l'indolente, la mollassonne, la tire-au-flanc, l'indolente et l'inerte... - j'ajouterai La Ralentie, en hommage à Henri Michaux, car Ralentie je suis aussi parfois- donc, re-donc... après avoir été tout ça, eh bien ce matin, je m'y suis (re)mise! et j'ai écrit de 9h à 15h, sans faire de pause, me contentant d'un petit morceau de fromage puis d'un petit morceau de jambon sur un moyen morceau de pain bio super bon...
Et, vous le devinez déjà à mon humeur taquine, je suis contente de moi, de mon travail ( cinq pages aujourd'hui!), de voir que j'avance et que "ça" commence à prendre forme ( Je préfère dire ça quand je parle de ce que je suis en train d'écrire en ce moment, parce que si je dois employer des mots plus précis, alors la chose va me dépasser et je vais prendre peur... et ce n'est plus le moment d'avoir peur).
Bref!
A quinze heures, donc, j'ai été contrainte d'abandonner mon siège un peu malgré moi - mais en définitive, mes cervicales m'en remercient- pour des courses à faire et des bricoles empoisonnantes. Vers seize heures, je me suis dit que je serais bien allée marcher une heure, et puis je me suis ravisée et j'ai préféré rentrer pour préparer rapidement un gâteau pour le goûter des enfants qui rentraient du collège à 17 (le jeudi, ce n'est pas moi qui co-voiture). J'irai marcher tôt demain matin.
Et puis, comme je voulais aussi faire un tour par ici afin de vous faire un petit coucou, à vous mes déjà fidèles et aux autres qui ne feraient que passer - pas tentés de rester? - ... je ne m'y remettrai pas aujourd'hui, c'est certain, et pourtant, je frétille d'impatience, je fourmille d'idées, j'ai hâte d'être à demain.

Ce qui me donne l'idée de mon prochain billet ici : ce qui a changé /3 - (Mais ça, c'est une stratégie pour vous mieux appâter)

Sachez, quoi qu'il en soit, que je ne vous oublie pas  (Emmanuelle, j'ai vu toutes tes photos et lu tous tes textes mais j'ai toujours besoin d'un peu de temps pour rédiger un commentaire; c'est un fait, je manque de réactivité. Luc, j'ai remarqué que tu t'étais mis aux abonnés absents cette semaine ; en vacances ?  Verveine, je suis tes progrès en matière de côtes plates avec admiration. Allie, je suis désolée pour ton bras et te souhaite bon courage. Je ne peux pas tous vous citer, ce serait trop long, mais les autres... idem! Et dès que je suis un peu plus en verve, je passe par chez vous, promis, et j'écris un petit mot... ). A très vite de vous lire.

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Conjurer l'automne

En réponse à Coumarine qui nous interrogeait sur ce qui "nous fait tenir le coup"

Mes remèdes, en vrac :

#  s'occuper les mains
ça vide la tête.
Éplucher des carottes, balayer la terrasse, tourner les pages du livre, remuer la béchamel, compter les mesures de café, lancer la balle au chien ... la liste est infinie.

# user ses semelles
( Car au Paradis, paraît-il mes amis, c'est pas la place pour les souliers vernis... Félix Leclerc)

Le matin, l'après-midi, le soir - sortir, marcher, compter les lumières de la ville qui s'allume, remarquer l'éclair du soleil sur le pare-brise qui passe, saisir le coup de vent et s'oxygéner l'esprit.

# magnésium et phytothérapie. 
A dose maximale.

# s'offrir le luxe d'un vrai blues
Ah, tout ce que je n'ai pas, ce à quoi j'ai dû renoncer, tous mes rêves évanouis
pour le plaisir de se dire ensuite : Mais je suis bien, la maison est agréable, j'ai une vie douce et pleine, beaucoup n'ont pas autant.

# à la nuit qui tombe, allumer des bougies, et appeler les âmes.
Une flamme pour toi, qui me manques tant. Une autre pour toi, mon soleil, mon amour. Celle-ci te revient, à toi, mon éternel. Et celle-là, c'est à toi que je l'offre.
Souffler sur l'allumette comme sur la solitude.

# Et puis s'accommoder, accepter, plier
pour mieux se redresser.

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04 novembre 2009

Je soir d'automne

Ce soir

je soir d'automne
dans mon univers
il y a
la voix de Diana Krall

A case of you


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03 novembre 2009

Vacances d'automne

Je râle, je geins, je me plains toujours du (trop beau) temps qu'il fait ici, mais bon, il faut reconnaître que cette année, l'automne nous aura offert de jolies vacances. D'ordinaire, nous passons les congés de la Toussaint sur le canapé, à regarder des films et à boire des litres de thé en discutant... Eh bien, nous pourrons dire qu'en 2009, nous sommes sortis, avons marché... et je me suis même entendu dire: Quel temps magnifique... ( Incroyable, non?)

Au programme de ces derniers jours - Pardonnez-moi si je n'ai pas été très causante ( écrivante? ) , j'aime profitez des enfants et je gomme alors toutes les activités qui m'éloigneraient d'eux -

* des balades et restos en bord de mer

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* une journée merveilleuse à Gréolières

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       * Les couleurs  flamboyantes de l'automne

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En définitive, ce fut une semaine douce, paisible, faite de joies tranquilles et de bonheurs ordinaires. J'ai apprécié d'être avec les enfants, de les voir s'amuser et de nous entendre rire tous ensemble.

Et vous, avez-vous hissé vos couleurs d'automne?

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29 octobre 2009

Sur le papier

Photo0111"Jamais je n'aurai le même mode de communication que toi", me disait quelqu’un à qui, un jour de désaccord, j’avais écrit une lettre – professionnelle, mais quand même, une lettre...

J'ai longtemps réfléchi à cette phrase. Au reproche sibyllin qu'elle contenait.
Je pensais : j'écris parce que sur le papier mes idées sont plus claires, qu’elles sont mieux structurées. J’écris parce que sur le papier, je n'oublie rien. J’écris, parce que je suis tellement plus efficace, sur le papier...

Et puis, soyons honnête : sur le papier je gravis des montagnes, sur le papier je terrasse mes ennemis, sur le papier je…

Sur le papier, je n’ai plus de corps. Je ne suis plus embarrassée par ma lourde carcasse. Je n’ai plus ni les genoux qui s’épuisent ni le cœur qui s’affole. Je peux me figer, en suspens, et attendre. Sur le papier, je peux me soustraire à l’instant.Je peux choisir le bon moment. Choisir le silence si je veux.

Je n’ai plus de voix. Sur le papier, je ne suis plus que le souffle des mots que j'accommode à l’enfilade et qui tissent sur ma feuille encore blanche de longs colliers de perles bleues, dont je me pare si ça me chante ou que je range au fond de mes tiroirs. Sur le papier, c’est selon. Selon que j’aie trop peur ou qu’euphorique encore, je me jette dans le vide et que j’ose.

Viens me rejoindre sur le papier. Étire ton pas et suis-moi. Avec moi, prends de la hauteur ou plonge plus profond. Et si nos chemins se croisent, à la faveur d’un soupir, saisis-moi si tu le peux. Mais ne me cherche pas hors du papier. Caméléon de la vie ordinaire, je serais pour toi plus grise que le mur gris et tu passerais auprès de moi sans même me remarquer. C’est le papier qui me révèle.

Le papier. je se cache et où moi disparaît 

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24 octobre 2009

Bulletin Météo

Ce soir, paraît-il, on passe à l'heure d'hiver...

Mais vue d'ici, la vie est un peu différente, il fait 25°, on peut encore se baigner et je crois que le printemps revient et sans doute même que l'été n'est pas loin... et que l'hiver, l'automne, et tous ces trucs que j'aime tant, la pluie, la neige, le vent, le froid, la brume, le verglas, le chemin des douaniers les jours de grand vent ou le silence de la forêt les jours de neige... tout cela, ce ne sont que des mensonges qu'on dit pour me faire de la peine.

Je suis condamnée à la monotonie du soleil.

Comptine d'un autre été, de Yann Tiersen

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22 octobre 2009

Petite Flamme

bougies

J'étais découragée et les mots que vous m'avez envoyés hier ont allumé en moi une nouvelle flamme.
J'ai atteint ce soir l'objectif que je m'étais fixé pour la fin de la semaine. Et qui plus est, pour une fois, je suis contente de moi et de mon travail.

Alors, en douce récompense, pour moi évidemment mais pour vous aussi qui flânez par ici, ce soir, la Valse d'Amélie, de Yann Tiersen.



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21 octobre 2009

Ecrivant

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J'ai un peu plus de mal qu'avant à mettre mon esprit ici. Je crois qu'on est (au sens propre) dans ce que l'on écrit et l'essentiel de ce que j'écris, je l'écris ailleurs. Je suis donc essentiellement ailleurs, dans une écriture secrète, qui ne reçoit ni soutien ni complicité et qui ne se nourrit que d'elle-même. Qui est son propre mouvement et qui existe indépendamment de toute nécessité ou de toute contingence.

Jeudi et vendredi derniers, ainsi que lundi et mardi, je n'ai pas écrit une ligne. Pas eu le temps. Les obligations, les contraintes et les entraves se sont succédé, et je ne veux pas me mettre au travail si je n'ai pas au moins trois heures devant moi. Ce matin, je me suis rattrapée, et j'ai également prévu toute la journée de demain, et encore une demi-journée vendredi. J'aimerais être à trente pages à la fin de la semaine.Je n'ai pas l'impression d'avancer très vite. Je suis trop docile et domptée par la vie quotidienne et c'est toujours elle qui me dicte mon emploi du temps. Pourtant, quand je travaille, et je travaille, les pages s'écrivent, et j'avance. Mais lentement. Je maudis cette lenteur. Mais peut-être est-ce elle aussi qui sera le garant de mon aboutissement. D'ordinaire, je vais vite en tout, et je vais rarement jusqu'au bout des choses. Là, je peine, ligne à ligne, pour un résultat qui n'est pas visible à l'heure mais dont je me dis qu'avec le temps, avec tous les mois que j'ai devant moi, il prendra forme et s'animera. Ce n'est pas un travail de bureau, c'est plutôt un travail d'artisan. Enfin, c'est le sentiment que j'en ai.
La difficulté, c'est que je ne sais toujours pas s'il y a vraiment de la place dans ma vie pour "la femme qui écrit". Il est plus simple de se définir autrement, dans des activités plus conventionnelles, dans des activités dont on puisse parler à l'extérieur. Que puis-je dire à qui me demande ce que je fais de mes journées? Parfois, je dis la vérité : les enfants, la cuisine, le ménage... Mais le plus souvent, j'invente, car comment justifier autrement ces longues plages de silence qui balaient mes journées, me laissent épuisée et fourbue, m'extraient du monde? Écrivant, on devient le fauteuil sur lequel on s'assoit. On est la feuille de papier - ou le clavier de l'ordinateur - , on est les doigts courbés, la pensée qui se cherche. On est la profondeur dans laquelle on sonde, dans laquelle on se plonge, dont on ressort finalement groggy et coupé de toutes les réalités ordinaires. On est dans ce qu'on va écrire, dans ce qu'on a écrit. C'est presque une souffrance de s'en arracher. On évolue, on vit dans et par le flux de l'écriture, liquide amniotique dans lequel on baigne et où se nouent tous les échanges du corps et de la pensée. Mais je ne me vois pas tenter d'expliquer ça à mes voisines ou aux autres mères de l'école : elles auraient tôt fait de me prendre pour une "complètement givrée" ( le suis-je?).

***

Mais je vois que la pluie a cessé - je vais enfiler un kway, prendre ma chienne et aller marcher une heure en bord de mer. Les jours de pluie sont ceux que je préfère ( tous les retraités sont au centre commercial et on peut enfin marcher sur la Promenade...) - ( Non, c'est mon coeur qui pleure sa Bretagne qui s'exprime ici...) -

***

Finalement, la pluie a repris de plus belle - ce qui ne m'a pas rebutée pour autant, et je suis rentrée mouillée comme une souche. La chienne me ressemblait un peu, dans sa version cocker j'entends.

Ce soir, dans mon univers, il y a Gabriel Fauré ( j'adore cette découverte et l'idée de pouvoir faire entrer ici la musique que j'aime)

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20 octobre 2009

Le bonheur était dans l'arbre

  Dimanche 18 octobre 2009

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Ils étaient sept, deux filles et cinq garçons, tous gantés et chapeautés, se déplaçant, trois heures durant, quatre à cinq mètres au-dessus du sol dans la fraîcheur de la forêt d'automne.

Une journée d'anniversaire dont on reparlera, je crois.

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Dans mon univers il y a

Bach par Rostropovitch

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19 octobre 2009

Mon émotion Into The Wild

intothewildSans doute le plus beau film que j'aie vu depuis longtemps- non, celui qui m'a le plus bouleversée ; je m'aperçois en écrivant que c'est très différent : c'est un écho plus intime, plus profond, qui n'a finalement rien à voir avec une quelconque quête de l'esthétisme, bien que le film soit aussi, à mon sens, une réussite esthétique.
Et une leçon que j'en retiens - je paraphrase, sans doute vite et mal : Le bonheur ne vaut que s'il est partagé.


Into The Wild
- de Sean Penn, 2007
Avec Emile Hirsch, magnifique.

Posté par terresdamelie à 19:39 - D'images et de sons - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 octobre 2009

Dans mon univers il y a

Chopin par Arthur Rubinstein

Posté par terresdamelie à 19:56 - Dièse, bémol, bécarre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Une révolution

Je n’avais pas vraiment compris ce que ça allait changer. J’y avais pensé, bien sûr, et j’avais tout préparé, et presque tout prévu.Sauf l’essentiel.

Je n’avais pas compris quelle révolution ce serait. J’avais ignoré qu’à partir de cet instant, ma vie prendrait un tour résolument nouveau et que j’étais sur le point de m’aventurer vers l’inconnu.

L’inconnu.

L’inconnu de l’autre.

L’inconnue que j’étais à moi-même.

L’inconnu des gestes lents et répétés avec leur infinie patience. L’inconnu des frayeurs sourdes et tenaces qui naissent en un éclair et ne vous lâchent plus ni le cœur ni les reins. L’inconnu de ces liens muets, nés d’un regard, tissés en un souffle partagé, filés à longueur que dure le temps, filés à longueur que dure la vie.

C’est arrivé comme ça et ça s’est jeté sur moi. Ça m’a dévorée de l’intérieur. Ça a pénétré mon cœur, mon ventre, ça s’est glissé dans mes veines. Ça s’est introduit dans mon esprit et d’un seul coup, d’un seul, ça a pris toute la place. Le lendemain, le surlendemain, j’étais différente. J’étais habitée. Par l’inconnu.

Pour tenter de comprendre, j’ai lu des livres. Des dizaines de livres. Je pleurais sans arrêt. J’écoutais la radio, je cherchais à la télévision des émissions qui m’expliqueraient… J’ai trouvé des conseils. On m’a dit que c’était normal. Que c’était le chemin, qu’il fallait le suivre.

Et puis un matin, je me suis aperçue que je n’avais rien à faire, que c’était lui qui faisait tout. Je n’avais pas à prendre sa main, j’avais juste à donner la mienne. Car moi, je ne savais pas mais lui, il savait pour moi.

C’est lui qui m’a tout appris. Heure par heure, jour par jour, et encore aujourd’hui quand de loin je le regarde, quand il sourit, quand il m’étonne, quand infiniment de lui je m’émerveille, il me semble que j’apprends encore.

Je sais cela ne durera pas toute la vie. Qu’un jour, il faudra se séparer. Pas complètement, pas définitivement, mais s’éloigner un peu . Je l’ai toujours su. Alors, en prévision de ce jour qui viendra, je fais des réserves. J’empile dans mon grenier intérieur tous les moments que j’ai de lui. Je veux en profiter parce qu’il faut profiter des bonheurs éphémères. Chaque jour compte pour moi. Parce que viendra celui où je me retournerai et où je saurai que j’ai tout ça, tout ce savoir qui me vient de lui, tous ces bonheurs, ces milliers de bonheurs empilés. Je me dirai que j’ai bien fait, je le regarderai, d’encore un peu plus loin, et je le trouverai toujours aussi extraordinaire et si merveilleusement inconnu. Même à ce moment-là, et pourtant je serai une vieille femme, et j’aurai de l’expérience, même à ce moment-là, il ne cessera de m'étonner. Je le regarderai, d’aussi loin que je serai, et je me souviendrai du lien, du regard, de cette révolution si parfaitement inattendue qu’il a été dans ma vie.

C’est comme de l’eau qui coule entre vos doigts, un enfant. On arrondit ses mains raides et rugueuses, on les courbe, on les creuse, et on recueille l’eau qui jaillit. Jusqu’au moment où elle s’échappe.

C’est le chemin. Il faut le suivre.

Regardez-le, déjà, comme il est grand... Mon fils, né il y a quatorze ans.


Posté par terresdamelie à 11:18 - Deux enfants dans ma vie - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]