Décembre
A quelques jours du départ, ici, nous n'avons pas encore vraiment le cœur ni l'esprit aux vacances. Et pourtant, on en parle, de temps en temps, au détour d'une idée : - A quelle heure ton train part-il? - Faut-il que je réserve un taxi pour me rendre à l'aéroport? Oui? Il faut que je m'occupe de ça, de ça aussi.
Depuis plusieurs semaines, j''ai regroupé dans une pochette tous les billets de toutes les réservations, les grands spectacles, les beaux, ceux de la comédie de boulevard dont les critiques sont si bonnes et qu'on ira voir en famille - 4 générations réunies-, les expos qu'on n'aurait surtout pas voulu rater, tout ce dont depuis des mois on s'est occupé la tête en se disant : Oh oui, tiens, ça aussi, j'aimerais bien le voir... Malheureusement, dans notre esprit reste également tout ce qu'on a dû laisser de côté, Andromaque à la Comédie Française qu'on ne verra pas parce qu'il fallait bien consentir à un repas familial - C'est Noël, quand même...-, le musée des Arts Asiatiques qu'on remet invariablement, d'une année sur l'autre, à l'année suivante parce qu'on ne trouve jamais le temps de s'y consacrer, le choix répété qu'il faut faire entre les grands musées parce qu'on le sait, on n'aura pas le courage de tous les parcourir en si peu de temps : Bon alors, cette année, les enfants, on les amène au Louvre ou à Orsay? L'année dernière, on n'avait fait ni l'un ni l'autre, seulement traversé et étudié la cour carrée ce jour où nous avions battu le pavé jusqu'à en user nos semelles : Invalides, Champ de mars, Chaillot, Concorde, Tuileries, Louvre, Palais Royal, un détour chez Colette, un autre chez Molière, et enfin un chocolat viennois comme on n'en boit que dans les luxueux cafés parisien... Cette année, donc, ce sera Le Louvre puisqu'on verra Monet au Grand Palais et qu'il faut faire des choix et qu' il y a cette belle exposition qui m'attire tant, et puis La Belette dit qu'elle n'a jamais vu Mona Lisa, ce qui est tout bonnement inconcevable...
Cette semaine à Paris, on l'attend une année entière, on la prépare longtemps à l'avance et elle nous bercera des mois durant. C'est dans cinq jours à peine. Je dois m'en convaincre, je dois m'efforcer d'y penser. Penser aux derniers préparatifs : ce qu'il faudra mettre dans la valise, tous les cadeaux bien sûr mais surtout les gants, les chaussettes, les écharpes, et ce qu'il faudra garder avec soi - l'appareil photo, les fameux billets, les clés de l'appartement : Paris XIIème, quatrième étage.
Penser que c'est bientôt Noël. Les vacances, demain. Notre Grand est parti ce matin le cœur réjoui : ce midi, on annonce foie gras à la cantine. J'espère qu'il y aura du rab, m'a-t-il confié sur le perron. Ça m'a fait sourire. Cette belle insouciance...
Moi, je cherche à quoi me raccrocher : oui, j'ai décoré la maison et elle est douce et accueillante. Oui, j'ai acheté des cartes colorées et déjà emballé quelques jolis paquets. Oui, j'ai dit à ma fille qu'elle était magnifique avec son bonnet de Père Noël et je l'ai encouragée quand elle m'a fait part de sa volonté de confectionner elle-même des cartes de vœux pour ses professeurs. Oui, j'appelle ma grand-mère trois fois par semaine en lui disant : Rassure-toi, nous serons bientôt là. Mais je n'ai pas vraiment le cœur à Noël. Je trouve cette fin d'année particulièrement dure, froide et triste. Devant le conservatoire, hier soir, j'ai vu un homme fouiller les poubelles du supermarché. J'ai croisé une vieille femme seule et démunie. Ils sont l'arbre qui masque la forêt. La misère s'accélère, la violence s'accroît. De temps en temps, je donne de l'argent - ça me déculpabilise, mais ça ne change rien. Il manque à ce Noël quelque chose d'essentiel que je ne retrouve plus quand je regarde les gens qui m'entourent, quelque chose qui ressemblerait à de la chaleur humaine et à l'envie de vivre ensemble.
La bruyère et les hortensias
J'ai beau être parfaitement impie et la pire des mécréantes, je m'interroge quand même sur le Sens des actes de nos vies. J'en arrive à me dire que ce qui n'est pas immédiatement donné est aussi (surtout) là pour tester (et éventuellement soumettre) notre trop souvent vacillante volonté, notre capacité à plier comme à nous redresser, notre courage et parfois même notre abnégation. Le renoncement final à ce qui nous faisait vivre - C'est un morceau de mon cœur, c'est mon cœur en entier que j'ai déposé là, vois-tu je rends les armes - fût-il terrible sur l'instant, nous ouvre à cet Autre Chose que sans lui on aurait méconnu.
Je planterai deux oliviers.
Les Dieux et les Prières
Depuis quelques jours, je tourne et retourne dans tous les sens cette petite phrase d'Oscar Wilde : "Quand les Dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières". Je pense à tout ce que j'ai souhaité, ces dix dernières années, espéré, attendu. A ce qui n'est pas venu et à ce qui arrive aujourd'hui. Il y en a des choses que j'ai voulues, des départs, des changements. A chaque fois, je me suis heurtée à un mur d'immobilisme et souvent j'ai hurlé de douleur et de colère mélangées.
Ce qui arrive aujourd'hui, je ne l'ai ni voulu, ni souhaité, ni attendu. Ça s'est produit comme ça, presque par hasard, sans que j'aie rien provoqué. C'est arrivé, c'est tout. Je ne sais pas encore jusqu'où ça nous mènera, ni même seulement si ça nous mènera quelque part, mais je me dis que finalement, c'est bien, et que c'est peut-être ce qui pouvait nous arriver de mieux. Je m'interroge sur toutes ces choses que je voulais et curieusement, je ne sais plus ce qu'il faut en penser.
Je me suis beaucoup lamentée, ces dernières années, et j'ai beaucoup prié en espérant qu'un jour, enfin, on exauce mes prières. Pourtant, aucun de ces vœux ardents, quels qu'ils soient, n'a jamais été comblé. Souvent, j'ai pensé en me consultant dans le miroir : J'ai dû faire quelque chose de terrible, je dois être maudite... Aujourd'hui, un peu surprise par ce qui se profile, je me demande simplement si, en refusant d'exaucer mes prières, les Dieux n'auraient pas tout bonnement renoncé à me punir.
Sur la Route
La route est longue
Jusqu'à la mer
Arrivera-t-elle
Avant l'hiver
Et elle a peur
Sur le chemin
Et sur la route qui file loin
D'oublier
Oui elle a peur
Sur le chemin
Emily Loizeau
Je n'oublie pas le 13 novembre.
Emportée
Je suis vraiment désolée, mes amis, mais je ne parviens plus à trouver le temps - non, c'est faux, le temps, je l'ai, c'est d'énergie dont il est vraiment question ici- pour noircir des pages sur Terres d'Amélie. Je ne suis pas débordée, non, je suis emportée par ce projet d'écriture auquel je me consacre désormais en priorité. Je me laisse gagner par cette frénésie que les lecteurs connaissent bien : encore une page, encore une autre... Je fais pas mal de recherches et de ce fait, je voyage beaucoup, assise que je suis sur mon fauteuil - J'accumule les articles de presse, je prends des notes, je me passionne pour des sujets dont je n'aurais pas même imaginé l'existence avant de me jeter dans ce projet. Je suis conquise par d'autres terres et je me fais office de sculpteur en donnant vie à des personnages qui petit à petit, prennent corps. Mon roman, car aujourd'hui je sais que c'en est un, gagne peu à peu en densité, en profondeur. J'avance.
Ensuite, il y a mes deux cours d'anglais, le virtuel mais quotidien que je ne veux surtout pas abandonner tellement j'en suis enchantée - que de progrès depuis cet encart publicitaire relevé dans Le M*nde- et l'uatre, l'hebdomadaire mais en situation, avec la perspective de peut-être un examen à la fin de l'année si j'en ai le niveau, qui peut savoir?
Alors, après tout cela, il me reste juste assez de temps pour les enfants et la maison- Un peu de temps pour lire, pour me distraire, et puis voilà, les journées passent et je m'aperçois que Terres d'Amélie, ce n'est plus mon premier projet. Rien ni personne, pas même moi, n'a rien à voir avec cette réalité-là, c'est juste qu'on évolue, que j'ai évolué, et que j'ai moins envie qu'avant de tout consigner ici.
Mais j'ai accumulé du retard, et vous m'en voudrez si je n'achève pas ce que j'ai commencé, alors, comme je ne publierai pas de billet lecture avant longtemps, disons pour conclure que :
- j'ai beaucoup aimé le dernier Marc Dugain et j'adore lire en ce moment le dernier Claudel - dont j'ai eu du mal à cerner le propos, cette fois, je l'avoue, et puis finalement, j'ai compris, et, sans cesser de penser à Kafka, j'avance au bras de l'Enquêteur.
- Je me suis copieusement ennuyée avec Paradis Conjugal d'Alice Ferney ( qui m'a néanmoins donné l'envie de revoir ce film de Mankiewicz que j'avais vu étudiante) et j'ai rendu à la bibliothèque, sans l'avoir terminé, le Club des Incorrigibles Optimistes. j'essaierai de m'y replonger l'été prochain, là, ce n'était pas pour moi la bonne période.
- j'ai trouvé mignon comme tout, et l'ai fait lire à ma fille, ce livre espagnol à deux mains intitulé Le plus bel endroit du monde est ici. Si vous aimez la guimauve et le style Marc Levy, foncez. Moi, je n'ai rien contre ça, au contraire, j'ai décidé de cultiver mon côté guimauve, ça me changera de tous mes côtés caillou. (J'ai dit que j'évoluais).
Côté ciné, j'ai bien aimé le dernier Woody Allen, mais je ne retrouve plus le bel élan de la Rose Pourpre du Caire ou d'une Autre femme... ou bien est-ce le fil qui s'use?
The social network, conformément à ce que j'en pensais, a achevé de m'effrayer - et encore plus depuis que j'ai lu chez le dentiste, dans un article de magazine, que sur Twi**er, on pouvait s'acheter des amis par brassées de mille... Curieux monde que celui d'aujourd'hui...
Côté actualités, je ne vous fais pas la liste de mes sujets d'indignation sinon j'y serai encore demain. Et comme l'indignation, finalement, ne sert pas à grand-chose, autant vous épargner ça, n'est-ce pas?
*
Voilà, mes amis. Je ne sais pas encore si je mets définitivement ou même temporairement ce blog en pause. Peut-être aurai-je quand même et malgré tout envie d'y revenir. L'avenir nous le dira ( L'avenir a cela de passionnant qu'il est à vivre - mais aussi, et surtout, à construire).
Si je ne reviens pas, sachez que j'espère vous avoir parfois, vous aussi, emportés, et que j'ai adoré cette aventure vécue finalement si loin de moi, en Terres d'Amélie.
Bel automne à vous tous.
Les petits mouchoirs
J'ai lu des critiques assez terribles de ce film et je n'y allais donc pas sans une certaine appréhension : serait-ce vraiment si mauvais? Bilan des courses : nous n'avons pas vu passer les deux heures et demie de projection. Ce film parfois lourdaud, souvent cru et même grossier, je l'ai trouvé sensible et touchant, et, évidemment, merveilleusement interprété ( La difficulté serait de dire qui joue mieux que qui, chacun étant ici exactement à sa place). Mais sans doute ne faut-il pas en attendre des Petits Mouchoirs d'être autre chose ou davantage que ce qu'il est : on n'y trouvera pas de sujet brûlant, pas de grandes idées à ressasser à l'infini, pas de thèse à dégager : ce n'est après tout qu'un film sur l'amitié .. On rit, on pleure, et en définitive, ça fait du bien.
Dix jours déjà
Ah là là, je n'arrive pas à tout faire, et c'est l'histoire des vases communicants, si je remplis d'un côté, ça se vide de l'autre... Bilan de l'opération: c'est ici que ça se vide. Et curieusement, je ne parviens pas à en être vraiment chagrinée. Je peux écrire ici de temps en temps, après tout, rien ne me l'interdit.
Faisons le point : qu'ai-je retenu de ces dix jours?
* Un bel anniversaire, les quinze ans de Notre Grand organisés dans le plus grand secret : coups de téléphone en douce, réponses positives et enthousiastes de tous, achat de bonbons et de cotillons : à 20h, alors que Notre Grand s'apprêtait à passer avec nous ( et malgré tout avec le sourire) une soirée un peu banale et un peu ch...., ils ont tous débarqué un à un, ses meilleurs copains, et à minuit, les parents ont eu du mal à les convaincre qu'il fallait repartir. La soirée a tourné au tournoi de W*I, une fois n'est pas coutume, et tout le monde a bien rigolé ( même si, pour être franche, L. et moi nous sommes sentis un peu vieillis)
* Un joli projet et des réservations : déjà deux soirées au théâtre ( J'avais vraiment trop envie de voir Patriiick sur scène) et les billets d'avion, pour l'aller et le retour. La garde de la chienne est assurée aussi. Il faut maintenant que je m'occupe d'un troisième spectacle ( Mamma Mia ferait trop plaisir à ma fille... plus en tout cas qu'Andromaque ou Les 3 soeurs ( de Tchékov) à la Comédie-Française... Je me tâte... Moi, Les 3 soeurs, ça me dirait bien...Dire que j'ai déjà choisi Patriiiick, mon honneur en sortira-t-il sauf? )
* Un conflit pas marrant à régler et pourtant on ne peut pas toujours contourner l'obstacle. J'ai toujours dit que dans Chiennes de Garde, il y avait Chienne, et que ça me semblait malvenu... Et puis voilà que je hausse le ton. Cette semaine, j'ai beaucoup pensé à ma mère, qui a rarement été une mère, au sens strict du terme, mais qui a placé dès mon jeune âge des lectures choisies sur ma table de chevet. Je me dis souvent que j'ai eu la chance d'être un produit de l'école laïque à la française. J'aimerais défendre aussi ces valeurs-là. J'ai sorti ma plume, mon fusil-mitrailleur.
* Trois ou quatre pages écrites et correctes. A ce train, dans dix ans, j'aurai fini, peut-être...
* Deux livres qui me tombent des mains et un lu en deux heures. Quatre achetés et un attendu avec impatience.
* Le plaisir d'avoir fait les boutiques. Je me suis fait plaisir. De temps en temps, j'aime ça, mais je ne sais acheter qu'en solitaire. Serait-ce parce que je le suis?
* Une liste de films à voir ab-so-lu-ment pendant les vacances : 1) Vous allez rencontrer... Woody Allen (of course) 2) Les petits mouchoirs - 3) The social Network (Moi qui disais à propos de F*ceb**k : What's the point? J'espère avoir des réponses, mais je crains qu'il ne s'agisse de confirmations...) 4) Si on joue ça encore sous le soleil : Des moines et des Dieux. D'autres idées?
... Voilà, j'ai aussi beaucoup fait le taxi pour que mon lycéen puisse aller en cours, et même préparé des sandwiches les jours de grève de cantine. J'ai progressé sur l'emploi du présent perfect et gagné une dizaine de mots, qui ne sont rien au regard des milliers qui me manquent, mais bon, pas tout en même temps, hein. Et j'ai poireauté deux heures dans une salle d'attente mais ça vaut le coup puisque je n'ai pas de cancer du sein.
Bref, ces jours furent plutôt heureux, et comme les vacances arrivent, les dix qui se profilent ne pourront que l'être davantage encore. Que peut-on vouloir de mieux? J'ai la vie que je souhaitais. Vue de l'extérieur, elle n'est peut-être pas folichonne, mais je n'en voudrais plus d'autre. Les choses sont bien ainsi. ( Amen)
edit du 22 : Pardonnez-moi, mais il a fallu que je corrige cette énorme faute d'orthographe. Si vous l'avez vue hier, pour la paix de mon esprit, faites en sorte de l'oublier...
D'un bon oeil
Edit du 14/10: C'était ma minute d'auto-persuasion...
Je suis née sous le signe du bélier et on a toujours dit de moi que j'étais une fonceuse. Une (dé)fonceuse, plus exactement, de portes déjà ouvertes le plus généralement. Une râleuse, une tempéteuse, une jamais-contente-et-jamais-satisfaite, une bof-c'est-pas-terrible-et-moi-j'aurais-fait mieux, une qui fait toujours trois choses en même temps et ne sait rien faire autrement. Une qui aime savoir faire, et qui se décourage vite quand ce n'est pas le cas. Bref, une inefficace. Je l'ai souvent entendu, et même souvent, j'y ai cru.
Pourtant, si je jette un œil sur moi, et si je prends le temps de m'observer, je vois :
# Ces heures à la chaîne où je travaille pour moi seule, ce travail de l'écriture si difficile et de si longue haleine, que chaque jour, chaque matin, en dépit du découragement et du sentiment croissant et persistant de n'être ni très douée ni très intéressante, je remets sur le métier, pour continuer, vaille que vaille. Avec l'idée qu'un jour, un jour, je pourrai dire que j'en ai terminé.
# Ces efforts infinis que quotidiennement je déploie : le cours du web de 8 à 9, les infos de la BBC quand je prends la voiture, la lecture de vocable dans la salle d'attente, tous les déjeuners devant un épisode de série en VO exclusivement- et le sursaut que j'ai eu ce matin, dans la rue, à la sortie du cours collectif où tous sont bien plus forts que moi, alors que je me sentais déjà découragée et que je me tendais une perche : ce cours de niveau 5, est-ce vraiment ma place? - Mais ce n'est que le deuxième cours, tu vas faire de ton mieux, et t'accrocher un peu... A vingt heures, je tapais mes notes et révisais mon vocabulaire. J'y suis, j'y reste.
# Une façon de m'affirmer non pas dans la vie que je mène mais en dépit d'elle. J'aurais pu faire mieux et autrement si j'avais eu une autre vie. Mais j'ai la vie que j'ai, avec les choix que j'ai faits et les nombreuses contraintes qui m'incombent, et je fais quand même : j'écrirais plus si j'avais un bureau et si je pouvais écrire le soir. Ce n'est pas le cas, mais alors j'écris le matin. Je pourrais reprendre de vraies études, j'irais au cinéma une fois par semaine, je serais plus cultivée et plus au fait de l'actualité si je n'avais pas d'enfants, une maison à entretenir, une famille à nourrir, et si, au moins de temps en temps, je recevais l'aide de quelqu'un. Ce n'est pas le cas, j'ai des enfants, une maison, je suis seule, et aussi incroyable que cela puisse paraître, tout cela me convient : je ne peux pas faire ça mais je fais malgré ça. Je fais à ma façon. Bien sûr, et quoi qu'on pense de moi, je suis plus lente, en vérité j'avance même à pas de lilliputiens... Mais aujourd'hui, je me vois d'un bon œil. Non, je ne suis pas velléitaire. Je suis persévérante. Mais je me meus dans le silence. Disons donc que je suis ... en voie d'accomplissement.
PS: Et j'ai fait rire ma famille quand je leur ai parlé de ce pari entendu je ne sais plus où : une-telle a pris la décision de ne plus râler pendant trois semaines consécutives. Chaque prise en flagrant délit de râlage entraine la remise à zéro du compteur. La réponse a été catégorique : ah, bah on va être tranquilles pendant cinq ans au moins...
Il ne faudrait pas
* se lever toujours tôt le matin,
* tourner en silence sa cuillère dans le bol
* se sentir si fatigué(e) que la journée à venir, avant d'être vécue, vous accable déjà
* perdre de vue le projet, le but à atteindre, la fin qu'on se donne
* oublier le désir
* garder pour soi le mot doux et le regretter dès la porte fermée
* fusiller du regard le voisin qui contrôle les allers et venues /qui fait quoi / qui reçoit quand... mais passer...
* quitter la maison en oubliant ses lunettes de soleil ( ou son parapluie, variante régionale)
* se poser des questions inutiles
* négliger le camélia / le rosier / le kumquat
* s'énerver pour l'automobiliste
* dire des gros mots dans la voiture
* tordre le nez quand on vous dit 15 et laisser visiblement entendre que 18, ç'aurait été mieux.
* prétendre que le nutella c'est vraiment abominable et que le sucre c'est très mauvais avant de rajouter une deuxième cuillerée de miel dans le yaourt en se disant tiens je mangerais bien un carré de chocolat, pourquoi pas après tout.
* rêver toujours de partir en voyage
* rêver toujours de partir en week-end
* rêver toujours
* faire exprès de ne pas décrocher le téléphone quand c'est..... Monter le son pour couvrir la sonnerie
* écouter en boucle le même morceau - parce que c'est agaçant, quand les ados le font avec Green Day, on crie bien que c'est insupportable.
* toujours répondre "Et les leçons?" quand on entend "J'ai fini mes devoirs..."
* toujours répondre "Après les leçons!" quand on entend "Maintenant, je peux jouer?"
* toujours répondre " C'est comme ça, c'est la vie, on doit faire ce qu'on a à faire", sachant qu'on n'a pas fait soi-même ce qu'on s'était fixé et qu'on trouvera quand même le sommeil.
* à 20h30, dire non à la petite qui voudrait regarder Desperate Housewives et qui est si malheureuse à l'idée de monter dans sa chambre, en se demandant si ce n'est pas pour le regarder seule, allongée de tout son long dans le canapé - avec du chocolat.
* à 22 heures, dire non à la chienne qui tente comme tous les soirs de dormir dans la chambre et qui est si malheureuse à l'idée de rester seule, dans son panier.
* à 6 heures du matin, dire D'accord à la chienne qui veut bien patienter encore un quart d'heure, à condition d'avoir le droit à une (toute petite) place au pied du lit / A 6h15, pour son éducation et pour ne pas en faire un chien mal élevé, lui dire Dégage quand l'autre se lève, et gagner encore un quart d'heure de sommeil.
* et encore mille choses comme ça.
La liste est longue, de ce qu'il ne faudrait pas.
Chanson pour ma fille et son prof de musique
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Septembre, toujours, me parle de Paris

J'aime les journées d'automne.
J'aime les journées d'automne parce qu'avec elles, je ressors la vieille veste de daim que j'affectionne mais que je ne porte pas le reste du temps - bien trop chaude l'été, trop légère dès les premiers frimas-, un jean élimé tout en bas et ces bottes un peu pointues dont une de mes vieilles copines disait qu'elles étaient faites pour botter le c.. des élèves ( sic!). J'aime les journées d'automne parce que je m'y sens chez moi. Qu'elles traînent des airs de mélancolie qui me vont bien. Ces jours-là, ces jours de fin septembre ou de début octobre, où que je pose mon œil, tout me plaît et je trouve tout beau: l'herbe courbée sous la pluie, l'éclat de la lumière dans une flaque d'eau, les camaïeux de gris du ciel et de la mer... et de Nice à la pointe Finistère, il me semble que le gris ( ce gris subtil teinté d'une lumière jaune parfois) révèle enfin les paysages... Quand je me promène dans le centre de Nice, comme cela a été le cas trois fois cette semaine, et que je longe la Promenade en voiture, je trouve que c'est joli, Nice, par temps d'automne. Dommage que ce soit si rare... L'automne est ici une saison qui se compte en jours, parfois en heures. L'été finit toujours par revenir. Aussi faut-il en profiter quand elle se présente, car on on sait jamais de quoi sera fait le lendemain ; probablement d'un indéfectible et vigoureux ciel bleu.
Alors bien sûr, les soirs d'automne, je rentre chez moi avec des idées de Paris. Au volant, je longe les palaces et j'imagine les Grands Boulevards, les endroits que j'aime tout particulièrement. Les Arènes de Lutèce; la rue Montorgueil, la rue Monsieur-Le-Prince ou bien encore celle Saint-Louis-en-l'île... Et il me tarde de retrouver le pavé parisien.
Depuis quelques semaines, trois au moins, je compte les jours silencieusement. Car Septembre, toujours, me parle de Paris. Après deux mois de grandes vacances, deux mois de Val-André ou d'ailleurs, septembre, c'était la saison du retour, et moi j'ai toujours aimé ça, rentrer. Les vitrines mises à la mode de l'hiver, les gris, les bruns, les prunes. Les jolis sacs de cuir et les foulards qu'on noue autour du cou. Les crêpes au sucre qu'on achète derrière Beaubourg et qu'on mange en se brûlant les doigts et le palais. Les premiers réverbères allumés quand la nuit tombe à 18 heures... finalement, tiens, je marche, et mon métro, je le prendrai à Pont-Marie. Les boutiques des antiquaires. Le marché couvert. Les clients du soir qui se pressent chez le fromager, mais son étal est si appétissant...
Septembre, est-ce la pluie, est-ce l'humidité? Septembre revient et tiens, je la sens davantage, ma vieille cicatrice.De ma ville italienne, aussi belle et luxueuse soit-elle, je n'oublie pas, je me contente d'attendre. Septembre active le mécanisme. Septembre me fait frétiller d'impatience. Parigi, où es-tu? Parigi, tu me manques.

Septembre
Pour vos soirées pluvieuses, que vous passerez peut-être comme moi le nez à la fenêtre, à regarder tomber la pluie, cette chanson de Barbara, l'une de mes préférées, peu connue, je crois.
In Un'Altra Vita
Ludovico Einaudi, toujours
...et toujours La Scala 03 03 03
Place nette
J'aime laisser place nette.
Que le matin, même s'il est tôt, les lits soient faits, la vaisselle rangée, et qu'il y ait sur la table ce grand plat que j'aime bien ou un bouquet de fleurs ou quelque chose qui fasse joli.
Qu'à midi, quand sonne l'heure où je range mon clavier et passe à autre chose, mes petites fiches, les notes que j'accumule, les dictionnaires, le thésaurus - si cher thésaurus- et ces drôles de cartes que je fabrique pour garder des repères, qu'à midi donc, tout cela rejoigne le tiroir et l'étagère, et que le bureau redevienne un endroit où l'on passe - Je ne veux pas qu'un fauteuil me garde prisonnière.
Qu'à vingt-deux ou vingt-trois heures, à l'heure où je vais me coucher, les coussins soient rangés sur le canapé, les rideaux tirés sur les stores et les portes des placards fermées. Pour que je dorme, il faut que la maison se repose. J'aime la fête, l'agitation, le bazar, le brouhaha des conversations menées tambour-battant ; et si je les aime tant, c'est parce qu'après vient le silence. Le repos.
Le vendredi, quand vient la fin de la semaine, ou enfin la fin de celle où l'on travaille, et que débute alors le temps du congé, j'aime que le garde-manger subvienne à tous les aléas et que la cuisine rutile. J'aime qu'on entasse les manteaux, les cartables dans un fond de placard, qu'on retire ses chaussures en bas de l'escalier en se disant quelle que soit l'heure, Qu'est-ce que c'est agréable de rentrer, si on prenait un thé, un verre, et si on s'allongeait là, une minute ou deux, au milieu des coussins? J'aime qu'on se débarrasse des corvées dans le premier quart d'heure - Ton 18 en français, oui bien sûr, je le signe, et comment vont les maths? - L'école te réclame un chèque, deux chèques, trois chèques, un certificat, deux attestations, tiens, occupons-nous de cela tout de suite, veux-tu, ensuite, alors, nous ferons place nette...
*
J'aime laisser place nette.
J'évite de traîner avec moi de trop lourds bagages - on en a tous déjà bien assez comme cela sans chercher à s'en rajouter plus encore. Je sais jeter, quitter, passer à autre chose. Je sais me défaire.
Me défaisant, je me suis construite. Autour des seules amarres nécessaires. Nette.
Sans compter
Je n'arrive pas à écrire plus de deux pages par jour. Quotidiennement cela m'étonne, moi d'ordinaire si prolixe quand je passe à l'écrit... Mais là, c'est différent, ce n'est pas comme ici où j'écris le plus souvent à la volée, sans idée préconçue, juste pour exprimer ce qui me vient. Ecrire vraiment, c'est finalement un travail de bâtisseur, et il n'y a pas mille façons de poser ses briques, il n'y en a qu'une, celle qui convient. Il faut du recul pour juger du résultat et ce n'est pas toujours évident d'en avoir quand on est accroupi à polir une pierre, ne s'occupant que du détail. Il faut voir assez loin pour se projeter vers l'avenir et parvenir à se concentrer sur l'instant même. C'est un travail d'équilibriste.
Aussi ai-je décidé de ne plus compter les pages. De me tenir à cette seule et stricte règle, écrire tous les matins, jusqu'à cet instant où mon cerveau dit Stop, j'arrête et où alors, je peux passer à autre chose. Je crois que c'est finalement la seule façon d'avancer : se concentrer sur la tâche, pas sur le résultat.
Pour patienter
... les jours
Wendy et Lucy
Vu ensemble ce très beau film que j'avais emprunté à la médiathèque pour le voir en famille. Je l'avais choisi pensant que ce serait un beau film pour les enfants. C'a été un beau film pour les adultes aussi. Beau, fort, un peu désespéré, film sur l'exclusion, sur la solitude et sur l'errance. On en est sortis tout retournés. Je le conseille à tous... à tous ceux qui conçoivent (encore) qu'on peut aimer un chien.
Wendy et Lucy, un film de Kelly Richard - sélection officielle du Festival de Cannes, catégorie " Un certain regard". 2008
Revue de mi-septembre
Vous devez penser que je le fais exprès, et que doucement, je vous lâche... Ce n'est pas exactement le cas. J'écris beaucoup, mes amis, beaucoup en ce moment, et je crois avoir compris que je ne peux pas écrire partout à la fois. j'ai beaucoup écrit ici l'an dernier, et finalement, je ne suis parvenue à rien d'autre qu'à ce plaisir silencieux de vous voir revenir, sans laisser de traces, mais revenir quand même, mes fidèles lecteurs qui ne laissez que rarement de commentaires, mais qui êtes là, et je le sais... Aussi ne vous lâcherai-je pas, ceux qui flânez encore sur ces Terres d'Amélie et qui vous obstinez à me chercher encore, malgré les pages blanches et les journées sans lignes... J'ai juste besoin de cette liberté, de savoir que je reviens quand je veux mais par envie, pas par devoir ni par obligation. Retrouver le sens initial que je donnais à ce carnet au tout début, quand j'écrivais encore pour moi seule, l'intimité de l'écriture, ou sa nécessité. J'ai du mal à me fondre dans le moule, vous le voyez bien, et je suis si négligente avec les commentaires, je ne réponds pas ou mal, j'oublie de le faire et je remets à plus tard, et puis pour ce qui est des photos, je ne suis pas forte et je préfère regarder les vôtres, le temps d'un café le matin, quand à ma façon, silencieusement aussi, je prends de vos nouvelles. Je réfléchis à fermer ce carnet, ou peut-être à lui donner une nouvelle forme, ou à en ouvrir un second. L'avenir me dira ce que j'ignore encore.
***
Mais ce soir, je suis là, et je passe en revue ce que je n'ai pas pris le temps d'écrire :
C'est septembre et je suis heureuse. Vous autres ne pourrez pas comprendre à quel point c'est important pour moi, mais septembre est un mois meurtrier, qui trop souvent déjà, m'a laissée sur le sol. Pas cette année, Septembre, tu ne m'as pas eue, je t'ai devancée et c'est toi que j'ai piégé, presque par surprise. Septembre, je ne suis pas fatiguée, je ne suis pas déprimée, je déborde d'énergie et pour la première fois depuis longtemps, j'avance.
C'est septembre et pour la seconde fois, je n'ai pas fait ma rentrée. C'est septembre, et pour la première fois, je me dis que je ne ferai plus de rentrée. Septembre dernier, je me sentais libérée. Cette année, je me sens disponible. Je peux m'organiser, j'arrive à planifier, et ce qui me semblait impossible à réaliser l'an dernier curieusement s'est mis en place sans même que j'y pense trop. J'écris le matin, après ma demi-heure d'anglais, le reste attend l'après-midi.
C'est septembre et je suis admise en niveau 5 pour ce cours d'anglais auquel je craignais de m'inscrire. J'en suis fière comme on est fier d'un beau dessin qu'on aurait fait : cela a quelque chose d'inattendu, je ne pensais pas être capable de ça. Niveau 5, le croirez-vous? J'y crois à peine moi-même...
C'est septembre et j'ai des projets. Les uns s'appellent Paris et les autres New-York et je lorgne ma tirelire en me disant que si ce n'est pas possible, l'année prochaine peut-être, et après tout je suis vivante, qu'est-ce qu'une année vraiment?
C'est septembre et j'ai découvert ce merveilleux pianiste. Comment ai-je pu vivre une seule journée en l'ignorant auparavant? J'ai découvert mon univers mis en musique, mon âme sœur, le souffle de ma respiration. Ludovico Einaudi, fallait-il qu'il soit italien pour me séduire ainsi, moi qui vire toujours au Nord en pensant que c'est de là que je viens...?
C'est septembre. Et si j'aimais le sud, désormais?
Ludovico Einaudi
Je viens d'en parler ici, je n'en reparlerai pas. Je vous laisse écouter. Ce sera mon cadeau de mi-septembre, ce sera mon cadeau de mi-novembre, mon cadeau d'août et de tous les autres mois, ces mois qui passent, qui filent, qui glissent comme la pluie sur la fenêtre, qui ne laissent pas de trace, ou seule celle du souvenir qu'on en a gardé...
Ludovico Einaudi, Le Onde
La tornade Rentrée
Avez-vous comme moi ce sentiment que chaque année, la rentrée s'abat sur vous comme une déferlante et que vous vous sortez de là un peu comme vous le pouvez, poussée et chahutée au gré des événements qui s'imposent à vous et qu'en aucun cas vous ne maîtriserez, manipulée comme un pion bien obligé d'occuper la case qu'on lui assigne, et pas une autre? C'est ce que je ressens après près de deux semaines de rentrée. Parce qu'en plus, ça s'éternise, la rentrée. Ca traîne en longueur. Il y a ce qui démarre début septembre, et puis le reste, qui s'échelonne, s'ajoute, vient parasiter sournoisement la belle organisation échafaudée jour après jour, agenda dans la main gauche, stylo dans la droite, téléphone sous l'oreille, l'oeil sur les sacro-saints emplois du temps que personne ne peut, allez savoir pourquoi, communiquer en juin, ce serait trop simple, et qui, de surcroît, ont la fâcheuse manie de n'être que provisoires ce qui veut dire que quand tout est enfin calé, eux, ils changent, et patatras, elle tombe à plat votre belle organisation... Moi, ça me laisse exsangue, la rentrée. Surtout quand vous vous énervez dans toutes les grandes surfaces de la région parce qu'en juin, on a déjà sorti les cartables, alors que le 10 septembre, ne pensez pas dénicher un cahier, c'est peine perdue, là, c'est le temps de la foire au vin. Vous dites Oui mais les lycéens, eux, comment font-ils, hein? à des vendeurs qui s'en fichent royalement et, pour un maudit cahier 24x32, vous parcourez tout le département... C'est ça la rentrée. Avec tous qui vous regardent l'œil rond Ah bon c'est pas possible? et vous qui consultez fébrilement votre agenda, Ben non, c'est pas possible... On devrait médailler les reines de l'organisation, celles qui finissent par s'en sortir, la sueur au front mais le planning parfait, celles qui ont minuté leur emploi du temps et qui casent en moins d'une demi-heure le pressing, la baguette de pain, le kilo de courgettes, la carte téléphonique pour la dernière, la méthode de solfège pour le grand, le journal du mari et même la recharge de comprimés de magnésium indispensables en cette saison, les diplômer, les hisser au podium de la république, car sans elles, franchement, c'est tout un édifice social qui s'écroulerait. Fichue rentrée...

